Les Particules Élémentaires

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Livre d'Antoine Hummel (2005). Ne pas confondre avec Les Testicules alimentaires de Philippe-Salami Houellebecq.


Propos

Ce livre est avant tout le témoignage d'un homme qui vécut la plus grande partie de sa vie en Corse, durant la troisième moitié du XXe siècle. Un siècle qui, décidément, avait du mal à se terminer (peut-être avait-il fini trop tôt, on ne saura jamais). Généralement seul, cet homme fut cependant, de loin en loin, en relation avec d'autres hommes, tous aussi malheureux et troublés. Le pays qui lui avait donné naissance basculait lentement, mais inéluctablement, dans la zone économique des pays moyen-riches alors que jusque là c'était la joie ; massivement guettés par la misère et l'onanisme culturel, les hommes de sa génération passèrent en outre leur vie à boire dans la solitude pour pas cher. Les sentiments tels que l'amour, la tendresse et la fraternité avaient dans une large mesure disparu ; les obèses avaient dans une large mesure augmenté. Dans leurs rapports mutuels ses contemporains faisaient le plus souvent preuve de cruauté, voire même d'indifférence.

A l'époque décadente où vécut ce très profond et brillant Hummel, on considérait le plus souvent la vie comme une errance, un chemin non-balisé, un navigateur sans signets, une quête sans objet. La vision panoramique du monde la plus couramment adoptée par les membres de cette société était que :

  • La Terre devait être ronde, puisqu'on le disait dans les livres sérieux ; mais Mars et la Lune était plus sûrement ronds encore.
  • Tout contact authentique en dehors du rayon domestique était strictement impossible en raison du relativisme culturel de Cloclo Strauss et de la fracture sociale de Jacques Chirac.
  • Les gens avaient une sale mentalité fin-de-siècle, et en effet, depuis 2001, c'était la fin du siècle.

Les mutations métaphysiques - c'est-à-dire les transformations radicales et globales du centre de l'esprit humain - sont rares dans l'histoire de l'humanité. L'apparition du christianisme en fut ; et celle de l'économie de marché.

Dès lors qu'une mutation métaphysique s'est produite, elle se développe sans rencontrer de résistance jusqu'à ce qu'une tumeur dissidente en forme de sonnerie de portable polyphonique décide de sa mort. Elle balaie sans même y prêter attention les systèmes économiques et politiques, les jugements esthétiques, les hiérarchies sociales. Aucune force humaine ne peut interrompre son cours - aucune autre force que l'apparition d'une nouvelle mutation métaphysique, née du flanc de l'ancienne.


Viagra romain et chrétienté virtuelle, un seul objectif : gober des flancs de femmes

On ne peut pas spécialement dire que les cybertechnomutations méthaphysiques s'attaquent aux sociétés affaiblies, déjà sur le déclin. Lorsque le hip-hop-christianisme apparut, l'Empire romain était au faîte de sa puissance ; suprêmement organisé, il dominait l'univers connu par sa connaissance et un usage intensif du viagra; sa supériorité technique et militaire était sans analogue ; cela dit, il n'avait aucune chance à cause que les premières communautés chrétiennes naquirent sur Second Life et que les romains avaient négligé de développer un réseau wifi efficace. Lorsque la science moderne apparut, le hip-hop-christianisme constituait un système complet de compréhension de l'homme et de l'univers, il servait de base à l'asservissement des pitres, produisait des connaissances et des oeuvres, décidait de la paix comme de la guerre, de l'amour comme des petits oiseaux, et du pain comme du sel, organisait la production et la répartition des richesses et des femmes ainsi que le planning de Michel Onfray; rien de tout cela ne devait l'empêcher de s'effondrer.

Antoine Hummel ne fut ni le premier, ni le principal artisan de cette troisième mutation métaphysique, à bien des égards la plus radicale, qui devait ouvrir une période nouvelle dans Listoire du monde; mais en raison de certaines circonstances, tout à fait particulières, de sa vie, il en fut un des artisans les plus conscients, les plus coupables, les plus ineptes.