Maurice Philipon

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Ingénieur français né en 1789 sur l'A1. Inventeur de la philiponisation.

Voici un portrait de Maurice Philipon paru dans Libération. portrait.jpg

Beaujolais maternel


Maurice Philipon, ingénieur seillois né en 1789 sur l’A1, vient de recevoir la médaille Michel-Fields pour l’invention d’une technique viticole révolutionnaire.

Loin de l’animation du vieux port de Seille, le bar Le Balto, repaire de l’Association des Amis du Beaujolais, offre un point de vue unique sur la salle de bain de Madame le Maire et les vignobles alentours. C’est ici que depuis deux jours les meilleurs nez de la région préparent un triomphe à Maurice Philipon. Car oui, c’est officiel, l’enfant chéri est de retour, et avec les honneurs ! Nulle oreille seilloise ne l’ignore, et chacun contribue, à sa manière, au succès des festivités.

Il faut dire que ce modeste rond-de-cuir bien dans son boulot, au look de guichetier de l’ANPE, n’est pas étranger au renouveau économique que connaît l’agglomération depuis quelques semaines. Philipon, en ville, c’est encore et pour tous ‘Momo’, ce bolos en culotte courte qui distrayait commerçants et concierges en se cachant dans les bennes à verres ou en montrant son cul aux fenêtres dentelées des notables du coin. Récemment décoré de la médaille Michel-Fields pour sa contribution révolutionnaire à l’enrichissement de Beaujolais, il confie n’être pas à l’aise dans ce costume de héros de l’industrie viticole, et prétend à qui veut l’entendre qu’il a simplement fait tomber un mentos dans une bouteille de piquette périmée retrouvée par hasard dans les caves du Hilton de Laon.

Philipon se dédouane aussi dès qu’il peut des accusations de collaboration avec la Défense Nationale, insistant sur le fait que depuis la signature du Traité de non-prolifération, l’Etat Seillois s’est engagé à n’enrichir du Beaujolais qu’à des fins civiles ; un exemple à suivre, ajoute-t-il, « pour nos amis de République Démocratique d’Europe, dont l’usage militaire de la chouflorinisation a été révélé en même temps que le scandale des Casques Bleus dopés aux hormones de chou-fleur. »

Mais au Balto, on est bien loin de « ces débats technocratiques entre fils de putes cravatés, tronchés h24 au Bourgogne, chéper dans leur Assemblée de tapettes avec leurs sales gueules de majors de promo. » Ici, on célèbre le héros du jour, qui clame une fois pour toutes aux « journalistes de merde, accrochés à leur scoop comme des moules » que « la philiponisation est une technique 100% pacifique ». Et même si, révèle-t-il enfin, « le gouvernement [lui] a proposé un boulot en l’échange d’autres médailles et d’un abri anti-nucléaire pour [lui] et [s]es potes », « cela ne concerne, poursuit-il avec conviction, qu’un perfectionnement cosmétique mineur, négligeable et néanmoins classé secret-défense ».

Cet ancien anus, abandonné sur le no-man’s land de l’Autoroute A1, miraculeusement recueilli et immédiatement adopté par la population seilloise, ne nous accordera pas une minute de plus, pressé par ses convives de remplir son verre et par son rein de vider ses bières. On devine tout de même, sous cette armure de modestie dissimulant mal un cou de poulet et des cuisses d’une chétiveté maladives, une certaine propension au bonheur. Il suffit d’observer, d’un poste reculé de la salle à manger du Balto, notre foutriquet se péter le pif entre potes, pour imaginer sans efforts, et comme si nous l’avions connu, le tendre bolos, le pitre taquin, le ‘Momo’ farceur des années d’insouciance.

Ignorés par notre hôte, nous décidons de lever le camp, mais c’est René qui vient nous voir, épancher ses idées et cuver sa dépense. Non sans fougue. Car « parler philiponisation n’est pas une affaire de pédés, lâche-t-il en même temps qu’une galette sur le lino tout neuf de l’arrière-salle du petit bistro. C’est cultiver un art de vivre, entretenir certaines valeurs et, par-dessus tout, perpétuer une juste conception du travail, parfaitement ! De toute manière, poursuit-il, par n'importe quel bout qu'on prenne la vie, on en revient toujours au même endroit : dans la terre ; cette terre que nos ancêtres ont travaillé avec amour et application. Aujourd’hui, on a tout oublié! On ne sait plus bêcher que pour Sciences Po, on ne sait plus faucher qu’en bagnole, on ne sait plus labourer que la chatte de sa pute… C’est pas vrai, hein ? J’ai pas raison ? ». Beubeu, arrivé tard dans la conversation, appuie son pote René : « La volonté de bien faire son boulot, cette application à la tâche que démontraient quotidiennement nos aïeux, personne ne l’a plus. Aujourd’hui, on ne s’applique plus qu’à travailler le corps de petites salopes dans des caves de banlieues avec cette même application. Ah çà, les chattes bien serrées de nos gamines, voilà un machin qui les rend volontaires ! » Philipon, lâché par ses convives au détriment de débats sociétaux sensibles, est resté seul au bar. Le regard dans la vague, il semble aux prises avec une mite échouée dans son cendar. Solitaire, il l'est par goût à la manière d'un Antoine Hummel ("le plus grand écrivain à l’heure actuel"), bouffeur de femmes et de l'équivalent seillois des pruneaux d’Agen, mais amoureux aussi de la nature et de ses scènes impromptues de fornication sauvage. "Les vraies amours sont indomptables", ressasse-t-il entre deux verres de Beaujolais 96. Philipon aime les gens couillus ; et lui-même ne manque pas de glandes : on les dirait, à la manière d’un coq, comme fixées à sa glotte proéminente (« une sombre histoire de beaujoldope… une longue opération… une convalescence douloureuse » ; il n’en dira pas plus). Il est beau néanmoins, à noyer ses petits malheurs dans de grands verres de rouge. Médailles au cou, autres récompenses au veston, il cite Socrate dans le texte, fait discrètement référence à Goebbels (« Les nazis ont gagné la guerre, mais chut, c’est un secret »), quand il n’enrichit pas modestement de son avis les grandes questions métaphysiques : « Le foutre, c’est la vie, après tout, tu ne crois pas, Rémi ? ».

Maurice Philipon, reconnu par ses pairs et porté en triomphe par ses proches, vit un succès certain. Mais que sont-ce finalement que les hommages, pour cet éternel exilé, né sur la route un jour de brume ? Peu de choses, assurément. Philipon, insaisissable et lointain comme Virgile pour Yourcenar, fait songer aux plantes nocturnes qui croissent silencieusement sous les rosées lunaires, à la mélancolie des vignobles nourris par l’automne, au destin violet des lèvres avinées. Gageons qu’il restera, comme son antique compagnon, dans les annales de la Raie Publique des Arts et des Lettres.


Maurice Philipon en 5 dates

* 1789 : naissance sur l’A1, entre les sorties Parc Astérix et Senlis.

* 1992 : met enceinte sa poupée gonflable.

* 2005 : fait tomber un mentos dans un verre de piquette.

* 2006 : reçoit la médaille Michel-Fields des mains d’Armand Jammot.

* 2007 : dépose une galette pourpre dans les latrines du Balto.