« Ça vous brûle jamais l'anus quand vous baisez et que vous allez pisser juste après sans avoir complètement débandé ? Non parce que moi, si. » : différence entre les versions

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- Tu dois, me dit-il, les m�mes �gards � ce personnage-ci qu'� l'autre ; il n'y a pas douze heures qu'il �tait ma�tre de ta vie, tu sers de d�dommagement aux �gards qu'il a eus pour toi ; pouvais-je le mieux acquitter ?
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Quatre filles charmantes composaient, avec Mme de Noirceuil et moi, le sérail offert à ces messieurs. Ces créatures, pucelles encore, étaient du choix de la Duvergier. On nommait Églée la plus jeune, blonde, âgée de treize ans et d'une figure enchanteresse. Lolotte suivait, c'était la physionomie de Flore même ; on ne vit jamais tant de fraîcheur ; à peine avait-elle quinze ans. Henriette en avait seize, et réunissait à elle seule plus d'attraits que les poètes n'en prêtèrent jamais aux trois Grâces. Lindane avait dix-sept ans ; elle était faite à peindre, des yeux d'une singulière expression, et le plus beau corps qu'il fût possible de voir.
Six jeunes garçons, de quinze ans, nous servaient nus et coiffés en femmes : chacun des libertins qui composaient le souper avait, ainsi que vous le voyez par cet arrangement, quatre objets de luxure à ses ordres : deux femmes et deux garçons. Comme aucun de ces individus n'était encore dans le salon lorsque j'y parus, d'Albert et Saint-Fond, après m'avoir embrassée, cajolée, louée pendant un quart d'heure, me plaisantèrent sur mon aventure.
- C'est une charmante petite scélérate, dit Noirceuil, et qui, par la soumission la plus aveugle aux passions de ses juges, vient les remercier de la vie qu'elle leur doit.
- J'aurais été bien fâché de la lui ôter, dit d'Albert : ce n'est pas pour rien que Thémis porte un bandeau ; et vous m'avouerez que, quand il s'agit de juger de jolis petits êtres comme ceux-là, nous devons toujours l'avoir sur les yeux.
- Je lui promets pour sa vie l'impunité la plus entière, dit Saint-Fond ; elle peut faire absolument tout ce qu'elle voudra, je lui proteste de la protéger dans tous ses écarts et de la venger, comme elle l'exigera, de tous ceux qui voudraient troubler ses plaisirs, quelque criminels qu'ils puissent être.
- Je lui en jure autant, dit d'Albert ; je lui promets, de plus, de lui faire avoir demain une lettre du chancelier qui la mettra à l'abri de toutes les poursuites qui, par tel tribunal que ce soit, pourraient être intentées contre elle dans toute l'étendue de la France. Mais, Saint-Fond, j'exige quelque chose de plus ; tout ce que nous faisons ici n'est qu'absoudre le crime, il faut l'encourager : je te demande donc des brevets de pensions pour elle, depuis deux mille francs jusqu'à vingt-cinq, en raison du crime qu'elle commettra.
- Juliette, dit Noirceuil, voilà je crois de puissants motifs, et pour donner à tes passions toute l'extension qu'elles peuvent avoir, et pour ne nous cacher aucun de tes écarts. Mais il en faut convenir, messieurs, poursuivit aussitôt mon amant sans me donner le temps de répondre, vous faites là un merveilleux usage de l'autorité qui vous est confiée par les lois et par le monarque.
- Le meilleur possible, répondit Saint-Fond ; on n'agit jamais mieux que lorsqu'on travaille pour soi ; cette autorité nous est confiée pour faire le bonheur des hommes : n'y travaillons-nous pas en faisant le nôtre et celui de cette aimable enfant ?
- En nous revêtant de cette autorité, dit d'Albert, on ne nous a pas dit : vous ferez le bonheur de tel ou tel individu, abstractivement de tel ou tel autre ; on nous a simplement dit : les pouvoirs que nous vous transmettons sont pour faire la félicité des hommes ; or, il est impossible de rendre tout le monde également heureux ; donc, dès qu'il en est parmi nous quelques-uns de contents, notre but est rempli.
- Mais, dit Noirceuil, qui ne controversait que pour mieux faire briller ses amis, vous travaillez pourtant au malheur général en sauvant la coupable et perdant l'innocent.
- Voilà ce que je nie, dit Saint-Fond ; le vice fait beaucoup plus d'heureux que la vertu : je sers donc bien mieux le bonheur général en protégeant le vice qu'en récompensant la vertu.
- Voilà des systèmes bien dignes de coquins comme vous ! dit Noirceuil.
- Mon ami, dit d'Albert, puisqu'ils font aussi votre joie, ne vous en plaignez point.
- Vous avez raison, dit Noirceuil ; il me semble, au surplus, que nous devrions un peu plus agir que jaser. Voulez-vous Juliette seule un moment, avant que l'on n'arrive ?
- Non, pas moi, dit d'Albert, je ne suis nullement curieux des tête-à-tête, j'y suis d'un gauche... L'extrême besoin que j'ai d'être toujours aidé dans ces choses-là fait que j'aime autant patienter jusqu'à ce que tout le monde y soit.
- Je ne pense pas tout à fait ainsi, dit Saint-Fond, et je vais entretenir un instant Juliette au fond de ce boudoir.
A peine y fûmes-nous, que Saint-Fond m'engagea à me mettre nue. Pendant que j'obéissais :
- On m'a assuré, me dit-il, que vous seriez d'une complaisance aveugle à mes fantaisies ; elles répugnent un peu, je le sais, mais je compte sur votre reconnaissance. Vous savez ce que j'ai fait pour vous, je ferai plus encore : vous êtes méchante, vindicative ; eh bien, poursuivit-il en me remettant six lettres de cachet en blanc qu'il ne s'agissait plus que de remplir pour faire perdre la liberté à qui bon me semblerait, voilà pour vous amuser ; prenez, de plus, ce diamant de mille louis, pour payer le plaisir que j'ai de faire connaissance avec vous ce soir... Prenez, prenez, tout cela ne me coûte rien : c'est l'argent de l'État.
- En vérité, monseigneur, je suis confuse de vos bontés.
- Oh ! je n'en resterai pas là ; je veux que vous veniez me voir chez moi ; j'ai besoin d'une femme qui, comme vous, soit capable de tout ; je veux vous charger de la partie des poisons.
- Quoi, monseigneur, vous vous servez de pareilles choses ?
- Il le faut bien, il y a tant de gens dont nous sommes obligés de nous défaire... Point de scrupule, je me flatte ?
- Ah ! pas le moindre, monseigneur ! je vous jure qu'il n'est aucun crime dans le monde capable de m'effrayer, et qu'il n'en est pas un seul que je ne commette avec délices.
- Ah ! baisez-moi, vous êtes charmante ! dit Saint-Fond ; eh bien ! au moyen de ce que vous me promettez là, je vous renouvelle le serment que je vous ai fait de vous procurer l'impunité la plus entière. Faites, pour votre compte, tout ce que bon vous semblera : je vous proteste de vous retirer de toutes les mauvaises aventures qui pourraient en survenir. Mais il faut me prouver tout de suite que vous êtes capable d'exercer l'emploi que je vous destine. Tenez, me dit-il en me remettant une petite boîte, je placerai ce soir près de vous, au souper, celle des filles sur laquelle il m'aura plu de faire tomber l'épreuve ; caressez-la bien : la feinte est le manteau du crime ; trompez-la le plus adroitement que vous pourrez et jetez cette poudre, au dessert, dans un des verres de vin qui lui seront servis : l'effet ne sera pas long ; je reconnaîtrai là si vous êtes digne de moi ; et, dans ce cas, votre place vous attend.
- Oh ! monseigneur, répondis-je avec chaleur, je suis à vos ordres ; donnez, donnez, vous allez voir comme je vais me conduire.
- Charmante !... charmante !... Amusons-nous maintenant, mademoiselle, votre libertinage me fait bander... Permettez cependant que je vous mette au fait, avant tout, d'une formule dont il est essentiel que vous ne vous éloigniez point : je vous préviens qu'il ne faut jamais vous écarter du profond respect que j'exige et qui m'est dû à bien plus d'un titre ; je porte sur cela l'orgueil au dernier point. Vous ne m'entendrez jamais vous tutoyer ; imitez-moi, ne m'appelez, surtout, jamais autrement que monseigneur ; parlez à la troisième personne tant que vous pourrez, et soyez toujours devant moi dans l'attitude du respect. Indépendamment de la place éminente que j'occupe, ma naissance est des plus illustres, ma fortune énorme, et mon crédit supérieur à celui du roi même. Il est impossible de n'avoir pas beaucoup de vanité quand on en est là : l'homme puissant qui, par une fausse popularité, consent à se laisser approcher de trop près, s'humilie et se ravale bientôt. La nature a placé les grands sur la terre comme les astres au firmament ; ils doivent éclairer le monde et n'y jamais descendre. Ma fierté est telle que je voudrais n'être servi qu'à genoux, ne jamais parler que par interprète à toute cette vile canaille que l'on appelle le peuple ; et je déteste tout ce qui n'est pas à ma hauteur.
- En ce cas, dis-je, monseigneur doit haïr bien du monde, car il est bien peu d'êtres ici-bas qui puissent l'égaler.
- Très peu, vous avez raison, mademoiselle ; aussi j'abhorre l'univers entier, excepté les deux amis que vous me voyez là, et quelques autres : je hais souverainement tout le reste.
- Mais, monseigneur, pris-je la liberté de dire à ce despote, les caprices de libertinage où vous vous livrez ne vous sortent-ils pas un peu de cette hauteur dans laquelle il me semble que vous devriez toujours désirer d'être ?
- Non, dit Saint-Fond, tout cela s'allie, et, pour des têtes organisées comme les nôtres, l'humiliation de certains actes de libertinage sert d'aliment à l'orgueil1.
Et comme j'étais nue :
- Ah ! le beau cul, Juliette ! me dit le paillard en se l'exposant ; on m'avait bien dit qu'il était superbe, mais il surpasse sa réputation ; penchez-vous, que j'y darde ma langue... Ah, Dieu ! voilà une propreté qui me désespère : Noirceuil ne vous a donc pas dit en quel état je voulais trouver votre cul ?
- Non, monseigneur.
- Je le voulais merdeux... Je le voulais sale... il est d'une fraîcheur qui me désespère. Allons, réparons cela par autre chose. Tenez, Juliette, voilà le mien... il est dans l'état où je voulais le vôtre : vous y trouverez de la merde... Mettez-vous à genoux devant lui, adorez-le, félicitez-vous de l'honneur que je vous accorde en vous permettant d'offrir à mon cul l'hommage que voudrait lui rendre toute la terre... Que d'êtres seraient heureux à votre place ! Si les dieux descendaient vers nous, eux-mêmes voudraient jouir de cette faveur. Sucez, sucez, enfoncez votre langue ; point de répugnance, mon enfant.
Et quelles que fussent celles que j'éprouvais, je les vainquis ; mon intérêt m'en faisait une loi. Je fis tout ce que désirait ce libertin : je lui suçai les couilles, je me laissai souffleter, péter dans la bouche, chier sur la gorge, cracher et pisser sur le visage, tirailler le bout des tétons, donner des coups de pied au cul, des croquignoles, et, définitivement, foutre en cul, où il ne fit que de s'exciter, pour me décharger après dans la bouche, avec l'ordre positif d'avaler son sperme.
Je fis tout ; la plus aveugle docilité couronna toutes ses fantaisies. Divins effets de la richesse et du crédit, toutes les vertus, toutes les volontés, toutes les répugnances vont se briser devant vos désirs, et l'espoir d'être accueillis par vous assouplit à vos pieds tous les êtres et toutes les facultés de ces êtres ! La décharge de Saint-Fond était brillante, hardie, emportée ; c'est à très haute voix qu'il prononçait alors les blasphèmes les plus énergiques et les plus impétueux ; sa perte était considérable, son sperme brûlant, épais et savoureux, son extase énergique, ses convulsions violentes et son délire bien prononcé. Son corps était beau, fort blanc, le plus beau cul du monde, ses couilles très grosses, et son vit musculeux pouvait avoir sept pouces de long, sur six de tour ; il était surmonté d'une tête de deux pouces au moins, beaucoup plus grosse que le milieu du membre, et presque toujours décalottée. Il était grand, fort bien fait, le nez aquilin, de gros sourcils, de beaux yeux noirs, de très belles dents et l'haleine très pure. Il me demanda, quand il eut fini, s'il n'était pas vrai que son foutre fût excellent...
- De la crème, monseigneur, de la crème ! répondis-je, il est impossible d'en avaler de meilleur.
- Je vous accorderai quelquefois l'honneur d'en manger, me dit-il, et vous avalerez aussi ma merde, quand je serai bien content de vous. Allons, mettez-vous à genoux, baisez mes pieds, et remerciez-moi de toutes les faveurs que j'ai bien voulu vous laisser cueillir aujourd'hui.
J'obéis, et Saint-Fond m'embrassa en jurant qu'il était enchanté de moi. Un bidet et quelques parfums firent disparaître toutes les taches dont j'étais souillée. Nous sortîmes ; en traversant les appartements qui nous séparaient du salon d'assemblée, Saint-Fond me recommanda la boîte.
- Eh quoi ! dis-je, l'illusion dissipée, le crime vous occupe encore ?
- Comment ! me dit cet affreux homme, as-tu donc pris ma proposition pour une effervescence de tête ?
- Je l'avais cru.
- Tu te trompais ; ce sont de ces choses nécessaires dont le projet émeut nos passions, mais qui, quoique conçues dans le moment de leur délire, n'en doivent pas moins être exécutées dans le calme.
- Mais vos amis le savent-ils ?
- En doutes-tu ?
- Cela fera scène.
- Pas du tout, nous sommes accoutumés à cela. Ah ! si tous les rosiers du jardin de Noirceuil disaient à quelles substances ils doivent leur beauté.... Juliette.... Juliette, il n'y aurait pas assez de bourreaux pour nous !
- Soyez donc tranquille, monseigneur, je vous ai fait le serment de l'obéissance, je le tiendrai.
Nous rentrâmes. On nous attendait ; les femmes étaient arrivées. Dès que nous parûmes, d'Albert témoigna le désir de passer au boudoir avec Mme de Noirceuil, Henriette, Lindane et deux gitons, et ce ne fut que ce que je vis exécuter à d'Albert après, qui me fit douter de ses goûts. Restée seule avec Lolotte, Églée, quatre gitons, le ministre et Noirceuil, on se livra à quelques scènes luxurieuses ; les deux petites filles, par des moyens à peu près semblables à ceux que j'avais employés, essayèrent de faire rebander Saint-Fond ; elles y réussirent ; Noirceuil, spectateur, se faisait foutre en me baisant les fesses. Saint-Fond caressa beaucoup les jeunes gens et eut quelques minutes d'entretien secret avec Noirceuil ; tous deux reparurent très échauffés, et, le reste de la compagnie s'étant réuni à nous, on se mit à table.
Jugez, mes amis, quelle fut ma surprise, lorsqu'en me rappelant l'ordre secret qui m'était donné, je vis qu'avec la plus extrême affectation c'était Mme de Noirceuil qu'on plaçait près de moi.
- Monseigneur, dis-je bas à Saint-Fond, qui s'y mettait également de l'autre côté... oh ! monseigneur, est-ce donc là la victime choisie ?
- Assurément, me dit le ministre, revenez de ce trouble ; il vous fait tort dans mon esprit ; encore une pareille pusillanimité et vous perdez à jamais mon estime.
Je m'assis ; le souper fut aussi délicieux que libertin ; les femmes, à peine rhabillées, exposaient aux attouchements de ces paillards tout ce que la main des Grâces leur avait distribué de charmes. L'un touchait une gorge à peine éclose, l'autre maniait un cul plus blanc que l'albâtre ; nos cons seuls étaient peu fêtés : ce n'est pas avec de tels gens que de pareils appas font fortune ; persuadés que pour ressaisir la nature, il faut souvent lui faire outrage, ce n'est qu'à ceux dont le culte est, dit-on, défendu par elle que les fripons offrent de l'encens. Les vins les plus exquis, les mets les plus succulents ayant échauffé les têtes, Saint-Fond saisit Mme de Noirceuil ; le scélérat bandait du crime atroce que sa perfide imagination machinait contre cette infortunée ; il l'emporte sur un canapé, au bout du salon, et l'encule en m'ordonnant de venir lui chier dans la bouche ; quatre jeunes garçons se placent de manière qu'il en branle un de chaque main, qu'un troisième enconne Mme de Noirceuil, et que le quatrième, élevé au-dessus de moi, me fait sucer son vit ; un cinquième encule Saint-Fond.
- Ah ! sacredieu, s'écrie Noirceuil, ce groupe est enchanteur ! Je ne connais rien de si joli que de voir ainsi foutre sa femme ; ne la ménagez pas, Saint-Fond, je vous en conjure.
Et plaçant les fesses d'Églée à hauteur de sa bouche, il y fait chier cette petite fille, pendant qu'il sodomise Lindane et que le sixième garçon l'encule. D'Albert, se joignant au tableau, vient en remplir la partie gauche ; il sodomise Henriette, en baisant le cul du garçon qui fout le ministre, et manie, de droite et de gauche, tout ce que ses mains peuvent atteindre.
Ah ! qu'un graveur eût été nécessaire ici pour transmettre à la postérité ce voluptueux et divin tableau ! Mais la luxure, couronnant trop vite nos acteurs, n'eût peut-être pas donné à l'artiste le temps de les saisir. Il n'est pas aisé à l'art, qui n'a point de mouvement, de réaliser une action dont le mouvement fait toute l'âme ; et voilà ce qui fait à la fois de la gravure l'art le plus difficile et le plus ingrat.
On se remet à table.
- J'ai demain, dit le ministre, une lettre de cachet à expédier pour un homme coupable d'un égarement assez singulier. C'est un libertin qui, comme vous, Noirceuil, a la manie de faire foutre sa femme par un étranger ; cette épouse, qui vous paraîtra sans doute fort extraordinaire, a eu la bêtise de se plaindre d'une fantaisie qui ferait le bonheur de beaucoup d'autres. Les familles s'en sont mêlées, et, définitivement, on veut que je fasse enfermer le mari.
- Cette punition est beaucoup trop dure, dit Noirceuil.
- Et moi je la trouve trop douce, dit d'Albert ; il y a tout plein de pays où l'on ferait périr un homme comme cela.
- Oh ! voilà comme vous êtes, messieurs les robins ! dit Noirceuil : heureux quand le sang coule. Les échafauds de Thémis sont des boudoirs pour vous ; vous bandez en prononçant un arrêt de mort, et déchargez souvent en le faisant exécuter.
- Oui, cela m'est arrivé quelquefois, dit d'Albert ; mais quel inconvénient y a-t-il à se faire des plaisirs de ses devoirs ?
- Aucun, sans doute, dit Saint-Fond ; mais, pour en revenir à l'histoire de notre homme, vous conviendrez qu'il y a des femmes bien ridicules dans le monde.
- C'est qu'il y en a tout plein, dit Noirceuil, qui croient avoir rempli leurs devoirs envers leurs maris, quand elles ont respecté leur honneur, et qui leur font acheter cette très médiocre vertu par de l'aigreur et de la dévotion, et surtout par des refus constants de tout ce qui s'écarte des plaisirs permis. Sans cesse à cheval sur leur vertu, des putains de cette espèce s'imaginent qu'on ne saurait trop les respecter, et que, d'après cela, le bégueulisme le plus outré peut leur être permis sans reproche. Qui n'aimerait pas mieux une femme aussi garce que vous voudrez la supposer, mais déguisant ses vices par une complaisance sans bornes, par une soumission entière à toutes les fantaisies de son mari ? Eh ! foutez, mesdames, foutez tant qu'il vous plaira ! C'est pour nous la chose du monde la plus indifférente ; mais prévenez nos désirs, satisfaites-les tous sans aucun scrupule ; métamorphosez-vous pour nous plaire, jouez à la fois tous les sexes, redevenez enfants même, afin de donner à vos époux l'extrême plaisir de vous fouetter, et soyez sûres qu'avec de tels égards, ils fermeront les yeux sur tout le reste. Voilà les seuls procédés qui puissent tempérer, selon moi, l'horreur du lien conjugal, le plus affreux, le plus détestable de tous ceux par lesquels les hommes ont eu la folie de se captiver.
- Ah ! Noirceuil, vous n'êtes pas galant ! dit Saint-Fond en pressant un peu fortement les tétons de la femme de son ami ; oubliez-vous donc que votre épouse est là ?
- Pas pour longtemps, j'espère, répondit méchamment Noirceuil.
- Comment donc ? dit d'Albert en jetant sur la pauvre femme un regard aussi faux que sournois.
- Nous allons nous séparer.
- Quelle cruauté ! dit Saint-Fond qu'enflammaient extraordinairement toutes ces méchancetés, et qui, branlant un giton de sa main droite, continuait de pressurer avec la gauche les jolis tétons de Mme de Noirceuil... Quoi ! vous allez rompre vos nœuds... des liens si doux ?
- Mais n'y a-t-il pas assez longtemps qu'ils durent ?
- Eh bien, dit Saint-Fond, toujours branlant, toujours vexant, si tu quittes ta femme, je la prends ; moi, j'ai toujours aimé dans elle cet air de douceur et d'humanité ... Baisez-moi, friponne !
Et comme elle était en larmes, en raison des maux que, depuis un quart d'heure, lui faisait éprouver Saint-Fond, ce sont ses pleurs que le libertin dévore et que sa langue essuie ; puis poursuivant :
- En vérité, Noirceuil, se séparer d'une femme aussi belle (et il la mordait), aussi sensible (et il la pinçait)... je vous le dis, mon ami, c'est un meurtre.
- Un meurtre ? dit d'Albert... oui, effectivement, je crois que c'est par un meurtre que Noirceuil va briser ses liens.
- Oh ! quelle horreur ! dit Saint-Fond qui, ayant fait lever la malheureuse épouse, commençait à lui molester cruellement le derrière en lui faisant empoigner son vit ; tenez, je vois, mes amis, qu'il faut que je l'encule encore une fois pour lui faire oublier son chagrin.
- Oui, dit d'Albert en venant la saisir par-devant, et moi je vais l'enconner pendant ce temps-là. Mettons-la vite entre nous deux ; j'aime étonnamment cette manière de foutre son prochain.
- Et que ferai-je donc, moi ! dit Noirceuil.
- Vous tiendrez la chandelle et vous comploterez, dit le ministre.
- Je veux mieux employer mon temps, dit le barbare époux ; n'occupez point la tête de ma douce compagne ; je veux jouir de sa figure en larmes, la nasarder de temps en temps, pendant que j'enculerai la petite Églée, que deux bardaches se relayeront dans mon cul, que j'épilerai les cons d'Henriette et de Lolotte, et que Lindane et Juliette foutront sous nos yeux, l'une en cul, l'autre en con, avec les jeunes gens qui restent.
La séance fut aussi longue que les tableaux en étaient recherchés ; les trois libertins déchargèrent et la pauvre Noirceuil ne se tira de leurs mains que meurtrie de coups. D'Albert, en perdant son foutre, lui avait tellement mordu un téton qu'elle était couverte de sang. Imitatrice de mes maîtres et parfaitement foutue par deux des gitons, j'avoue que j'avais de même étonnamment déchargé ; rouge, échevelée comme une bacchante, je leur parus délicieuse au sortir de là ; Saint-Fond surtout ne cessait de m'accabler de caresses.
- Comme elle est bien, ainsi ! disait-il, comme le crime l'embellit.
Et il me suçait indistinctement sur toutes les parties du corps.
On continua de boire, mais sans se remettre à table ; cette manière est infiniment agréable, et l'on se grise beaucoup plus tôt en l'employant. Les têtes s'embrasèrent donc de manière à faire frémir les femmes. Je vis bien qu'on ne jetait sur elles que des yeux foudroyants et qu'on ne leur adressait plus que des paroles pleines de menaces et d'invectives. Deux choses cependant s'apercevaient avec facilité : on voyait que je n'étais nullement comprise dans la conjuration et qu'elle se dirigeait presque entièrement sur Mme de Noirceuil ; ce que je savais, d'ailleurs, ne contribuait pas peu à me rassurer.
Passant tour à tour des mains de Saint-Fond dans celles de son mari et, de celles-ci, dans celles de d'Albert, l'infortunée Noirceuil était déjà fort malmenée : ses tétons, ses bras, ses cuisses, ses fesses, et généralement toutes les parties charnues de son corps, commençaient à porter des marques sensibles de la férocité de ces scélérats, lorsque Saint-Fond, qui bandait beaucoup, la saisit, et, lui ayant au préalable appliqué douze claques à tour de bras sur le derrière et six soufflets d'égale force, il la fixa droite au milieu de la salle à manger, dans un très grand écartement, les pieds attachés à terre et les mains arrêtées au plafond. On lui mit, dès qu'elle fut dans cette attitude, douze bougies allumées entre les cuisses, en telle sorte que les flammes, pénétrant d'une part dans l'intérieur du vagin ou sur les parois de l'anus, et calcinant de l'autre la motte et les fesses, contournassent par leur vive impression les muscles du joli visage de cette femme et les déterminassent aux voluptueuses angoisses de la douleur. Saint-Fond, armé d'une autre bougie, la considérait attentivement pendant cette crise, en se faisant sucer le vit par Lindane et le trou du cul par Lolotte ; près de là, Noirceuil, se faisant foutre en mordant les fesses d'Henriette, annonçait à sa femme qu'il allait la laisser mourir ainsi, pendant que d'Albert, enculant un giton et maniant le cul d'Églée, encourageait Noirceuil à traiter encore bien plus mal cette malheureuse compagne de son sort. Chargée de servir et soigner le total, je m'aperçus que les bouts de bougies étaient trop courts pour faire éprouver à la victime le degré de douleur que l'on lui souhaitait ; je levai les flambeaux sur un tabouret ; les cris de la Noirceuil, qui devinrent insupportables, me valurent, de la part de ses bourreaux, les plus grands applaudissements. Ce fut alors que Saint-Fond, qui perdait la tête, se permit une atrocité ; le scélérat, portant une bougie qu'il tenait sous le nez de la patiente, lui brûla les paupières et presque un œil entier ; d'Albert, s'emparant de même d'une bougie, lui en calcina le bout d'un téton et son mari lui brûla les cheveux.
Singulièrement échauffée de ce spectacle, j'encourageais les acteurs et les déterminais à changer de supplice. Par mon conseil, on la frotte d'esprit-de-vin, on y met le feu ; elle a l'air un instant de ne former qu'une flamme, et, quand la matière s'éteint, son épiderme entièrement brûlé la rend horrible à regarder. On n'imagine pas les louanges que cette cruelle idée me valut. Saint-Fond, qu'échauffe étonnamment cette scélératesse, quitte la bouche de Lindane pour venir m'enculer, toujours suivi par Lolotte qui, par son ordre, ne cesse de lui gamahucher le cul.
- Que lui ferons-nous à présent ? me dit Saint-Fond, en dévorant ma bouche de baisers et me dardant son vit jusqu'aux entrailles ; invente, Juliette, invente donc quelque chose ; ta tête est délicieuse, tout ce que tu proposes est divin.
- Il y a mille tourments à lui faire encore éprouver, répondis-je, et tous plus piquants les uns que les autres.
Et j'allais en proposer quelques-uns, lorsque Noirceuil, s'approchant de nous, dit à Saint-Fond qu'il fallait lui faire avaler tout de suite la dose dont j'étais munie, avant de lui ôter les forces nécessaires à nous donner les moyens de juger et de jouir des effets de ce poison. D'Albert, consulté, est pleinement de cet avis ; on détache la dame et on me la remet.
- Aimable infortunée, lui dis-je après avoir mêlé la poudre dans un verre de vin d'Alicante, avalez ceci pour vous restaurer, et vous allez voir l'état de réconfortation où ce breuvage va mettre vos esprits.
Notre imbécile avale avec docilité, et sitôt qu'elle a fait, Noirceuil, qui n'avait pas cessé de me tenir enculée pendant que j'opérais, jaloux de ne perdre aucune des contorsions de cette agonie, me quitte pour venir considérer de plus près la victime.
- Vous allez mourir, lui dit-il ; y êtes-vous bien déterminée ?
- Madame est trop raisonnable, poursuit d'Albert, pour ne pas sentir que quand une femme a perdu l'estime et la tendresse de son époux, qu'il est dégoûté d'elle et qu'il en est las, le plus simple est de disparaître.
- Oh, oui ! la mort... la mort ! s'écria cette infortunée ; c'est la dernière grâce que je demande !... Au nom du ciel, ne me la faites point attendre !
- La mort que tu désires, infâme bougresse, est dans tes entrailles, lui dit Noirceuil, en se faisant branler le vit sous les yeux de sa triste épouse par l'un de ses gitons ; tu l'as reçue des mains de Juliette ; son attachement était tel pour toi, qu'elle nous a disputé le bonheur de t'empoisonner.
Et Saint-Fond, ivre de lubricité, ne sachant plus ce qu'il faisait, enculait d'Albert, qui, se prêtant avec complaisance aux sodomites attaques de son ami, rendait à un beau giton tout ce qu'il recevait du ministre, dont je gamahuchais l'anus.
- Un peu d'ordre à tout ceci, dit Noirceuil, qui commençait à s'apercevoir, aux contorsions de sa femme, qu'il était bon de ne la plus perdre de vue.
Il fait mettre un tapis, au milieu de la chambre, sur lequel on étend la victime, et nous formons un cercle autour d'elle. Saint-Fond m'encule en branlant un garçon de chaque main. D'Albert est sucé par Henriette, il suce un vit en branlant de la main droite et, de la gauche, il moleste le cul de Lindane ; Noirceuil encule Églée, on le fout, il suce un vit, et fait foutre Lolotte sur ses cuisses par le sixième giton. Les crises commencent ; elles sont horribles, on n'a pas d'idée des effets de ce poison ; la pauvre femme se tournait quelquefois, au point de ne plus former qu'une boule ; rien n'égalait ses crispations, ses hurlements alors devenaient épouvantables ; mais nos précautions étaient prises de manière qu'il était impossible de rien entendre.
- Oh, comme c'est délicieux ! disait Saint-Fond tout en labourant mon cul ; je ne sais ce que je donnerais pour la sodomiser en cet état.
- Rien n'est plus aisé, dit Noirceuil, essaye-le, nous te la tiendrons.
La patiente, vigoureusement saisie par les jeunes gens, présente, malgré ses efforts, le cul désiré par Saint-Fond ; le scélérat s'y introduit.
- Oh, foutre ! s'écrie-t-il, je n'y puis tenir.
D'Albert le remplace, Noirceuil ensuite ; mais dès que sa malheureuse épouse le sent, ses efforts deviennent si terribles, qu'elle échappe à ceux qui la tiennent et se jette en fureur sur son bourreau ; Noirceuil effrayé se sauve, le cercle se reforme.
- Laissons-la, laissons-la, dit Saint-Fond qui venait de rentrer dans mon cul ; il ne faut pas approcher une bête venimeuse quand elle éprouve les crises de la mort.
Cependant Noirceuil, piqué, veut tirer vengeance de l'insulte ; il machine de nouveaux supplices, lorsque Saint-Fond s'y oppose en assurant son ami que tout ce que l'on pourrait faire maintenant à la victime ne servirait qu'à troubler l'examen que l'on se proposait des effets du venin.
- Eh ! messieurs, m'écriai-je, ce n'est pas tout cela qu'il faut à madame : elle n'a dans ce moment-ci besoin que d'un confesseur.
- Qu'elle aille au diable, la putain, dit Noirceuil que Lolotte suçait en ce moment ; oui, oui, qu'elle aille à tous les diables !... Si j'ai jamais désiré un enfer, c'est dans l'espérance d'y savoir son âme, et de porter jusqu'à mon dernier soupir l'idée délicieuse que les plus vives douleurs ne sauraient avoir de fin pour elle.
Cette imprécation parut décider la dernière crise ; Mme de Noirceuil rendit l'âme, et nos trois coquins déchargèrent en blasphémant comme des scélérats.
- Voilà une des meilleures actions que nous ayons faites de notre vie, dit Saint-Fond en pressant son vit pour en exprimer jusqu'à la dernière goutte de foutre ; il y avait longtemps que je désirais la fin de cette ennuyeuse bégueule ; j'en étais encore plus las que son mari.
- Ma foi, dit d'Albert, vous l'aviez pour le moins autant foutue que lui.
- Oh ! beaucoup plus, dit mon amant.
- Quoi qu'il en soit, dit Saint-Fond à Noirceuil, ma fille est maintenant à vous : vous savez que je vous l'ai promise pour récompense de cette épreuve. Je suis enchanté de ce poison, il est bien malheureux que nous ne puissions pas jouir ainsi du spectacle de la mort de tous ceux que nous faisons périr de cette manière... Allons, mon ami, je vous le répète, ma fille est à vous ; que le ciel bénisse une aventure où je gagne un gendre très aimable et la certitude de n'avoir point été trompé par la femme qui me fournit ces venins !
Ici Noirceuil eut l'air de faire une question bas à Saint-Fond, qui lui répondit affirmativement.
Et le ministre, m'adressant ensuite la parole :
- Juliette, me dit-il, vous viendrez me voir demain, je vous expliquerai ce que je n'ai fait qu'effleurer aujourd'hui. Noirceuil, en se remariant, ne peut plus vous avoir chez lui ; mais les effets de mon crédit, les grâces que je vais répandre sur vous, l'argent dont je vais vous couvrir, vous dédommageront bien amplement du sort que vous faisait mon ami. Je suis très content de vous ; votre imagination est brillante, votre flegme entier dans le crime, votre cul superbe, je vous crois féroce et libertine : voilà les vertus qu'il me faut.
- Monseigneur, répondis-je, j'accepte avec reconnaissance tout ce qu'il vous plaît de m'offrir, mais je ne puis vous dissimuler que j'aime Noirceuil ; je ne m'en séparerais qu'avec peine.
- Nous ne cesserons point de nous voir, mon enfant, me répondit l'ami de Saint-Fond : gendre du ministre et son ami intime, nous passerons notre vie ensemble.
- Soit, répondis-je, à ces conditions j'accepte tout.
Les garçons et les filles, à qui l'on fit entrevoir une mort sûre dans le cas de la moindre indiscrétion, jurèrent un silence éternel ; Mme de Noirceuil fut enterrée dans le jardin, et l'on se sépara.
Une circonstance imprévue retarda le mariage de Noirceuil, ainsi que les projets du ministre. Il ne me fut pas possible non plus de le voir le lendemain : le roi, singulièrement content de Saint-Fond, venait de lui donner une marque sûre de confiance en le chargeant d'un voyage secret pour lequel il fut obligé de partir sur-le-champ, et au retour duquel il eut le cordon bleu avec cent mille écus de pension.
- Oh ! me dis-je en apprenant ces faveurs, comme il est vrai que le sort récompense le crime, et qu'il serait imbécile, celui qui, éclairé par de tels exemples, ne parcourrait pas ardemment toute l'étendue de cette carrière !
Cependant, d'après les lettres que Noirceuil reçut du ministre, j'eus l'ordre de me monter une maison splendide. Ayant reçu l'argent nécessaire à l'exécution de ce projet, je louai tout de suite un magnifique hôtel, rue du Faubourg-St-Honoré ; j'achetai quatre chevaux, deux voitures charmantes ; je pris trois laquais d'une taille haute, majestueuse, et d'une figure enchanteresse, un cuisinier, deux aides, une femme de charge, une lectrice, trois femmes de chambre, un coiffeur, deux filles en sous-ordre et deux cochers ; des meubles délicieux ornèrent ma maison ; et le ministre étant de retour, je fus me présenter aussitôt chez lui. Je venais d'atteindre ma dix-septième année, et je puis dire qu'il était à Paris bien peu de femmes plus jolies que moi ; j'étais mise comme la déesse même des amours ; il était impossible de réunir plus d'art à plus de luxe ; cent mille francs n'eussent pas payé les parures dont j'avais orné mes attraits, et je portais cent mille écus de bijoux ou de diamants. Toutes les portes s'ouvrirent à mon aspect ; le ministre m'attendait seul. Je débutai par les félicitations les plus sincères des grâces qu'il venait d'obtenir, et lui demandai la permission de baiser les marques de sa nouvelle dignité ; il y consentit, pourvu que je ne remplisse ce soin qu'à genoux : pénétrée de sa morgue et loin de la heurter, je fis ce qu'il désirait. C'est par des bassesses que le courtisan achète le droit d'être insolent avec les autres.
- Vous me voyez, me dit-il, madame, au milieu de ma gloire ; le roi m'a comblé, et j'ose dire que j'ai mérité ses dons ; jamais mon crédit ne fut plus assuré, jamais ma fortune plus considérable. Si je fais refluer sur vous une partie de ces grâces, il est inutile de vous dire à quelles conditions. Après ce que nous avons fait ensemble, je crois pouvoir être sûr de vous ; ma plus entière confiance vous est acquise ; mais, avant que je n'entre dans aucun détail, jetez les yeux, madame, sur ces deux clefs : celle-ci est celle des trésors qui vont vous couvrir, si je suis bien servi par vous ; celle-là est celle de la Bastille : une éternelle prison vous y est préparée, si vous manquez d'obéissance ou de discrétion.
- Entre de telles menaces et un pareil espoir, vous n'imaginez pas, sans doute, que je balance, dis-je à Saint-Fond ; confiez-vous donc à votre plus soumise esclave, et soyez parfaitement sûr d'elle.
- Deux soins bien importants vont être remis dans vos mains, madame ; asseyez-vous et écoutez-moi.
Et comme j'allais prendre un fauteuil par inadvertance, Saint-Fond me fit signe de ne me placer que sur une chaise. Je me confondis en excuses, et voici comment il me parla :
- Le poste que j'occupe, et dans lequel je veux me soutenir longtemps, m'oblige à sacrifier un nombre infini de victimes. Voici une cassette composée de différente poisons ; vous les emploierez d'après les ordres que vous recevrez de moi ; à ceux qui me desservent seront réservés les plus cruels ; les prompts, pour ceux dont l'existence me nuit au point que je n'aie pas un moment à perdre pour les enlever de ce monde ; ces derniers, que vous voyez sous l'étiquette de poisons lents, seront pour ceux dont, par de puissantes raisons de politique, je dois prolonger l'existence afin d'éloigner de moi les soupçons. Toutes ces expéditions, suivant l'existence des cas, se feront tantôt chez vous, tantôt chez moi, quelquefois en province ou dans les pays étrangers.
Passons maintenant à la seconde partie de vos soins celle-là, sans doute, deviendra la plus pénible pour vous, mais en même temps la plus lucrative. Doué d'une imagination très ardente, blasé depuis longtemps sur les plaisirs ordinaires, ayant reçu de la nature un tempérament de feu, des goûts très cruels, et, de la fortune, tout ce qu'il faut pour satisfaire à ces furieuses passions, je ferai chez vous, soit avec Noirceuil, soit avec quelques autres amis, deux soupers libertins par semaine, dans lesquels il faut nécessairement qu'il s'immole au moins trois victimes. En retranchant de l'année le temps des voyages où vous me suivrez seulement sans qu'il soit question de ces orgies, vous voyez que cela fait environ deux cents filles, dont la recherche ne regarde que vous ; mais il y a des clauses difficiles au choix de ces victimes. Il faut d'abord, Juliette, que la plus laide soit au moins belle comme vous ; il ne faut jamais qu'elles soient au-dessous de neuf ans, ni au-dessus de seize ; il faut qu'elles soient vierges et de la meilleure naissance, toutes titrées ou, au moins, d'une grande richesse...
- Oh ! monseigneur ! et vous immolerez tout cela ?
- Assurément, madame, le meurtre est la plus douce de mes voluptés ; j'aime le sang avec fureur, c'est ma plus chère passion ; et il est dans mes principes qu'il faut les satisfaire toutes, à quelque prix que ce puisse être.
- Monseigneur, dis-je, en voyant que Saint-Fond attendait ma réponse, ce que je vous ai fait voir de mon caractère vous prouve, je crois, suffisamment qu'il est impossible que je vous trahisse ; mon intérêt et mes goûts vous en répondent... Oui, monseigneur, j'ai reçu de la nature les mêmes passions que vous... les mêmes fantaisies, et celui qui se prête à tout cela par amour pour la chose même, sert assurément beaucoup mieux que celui qui n'obéirait que par complaisance : le lien de l'amitié, la ressemblance des goûts, voici, soyez-en bien sûr, les nœuds qui captivent le plus sûrement une femme telle que moi.
- Oh ! pour celui de l'amitié, ne m'en parlez pas ! Juliette, reprit vivement le ministre ; je n'ai pas plus de foi à ce sentiment-là qu'à celui de l'amour. Tout ce qui vient du cœur est faux ; je ne crois qu'aux sens, moi, je ne crois qu'aux habitudes charnelles... qu'à l'égoïsme, qu'à l'intérêt... oui, l'intérêt sera toujours, de tous les liens, celui auquel je croirai le plus. Je veux donc que le vôtre se trouve infiniment flatté, prodigieusement caressé dans les arrangements que je vais prendre avec vous. Que le goût vienne ensuite cimenter l'intérêt, à la bonne heure ; mais, les goûts changeant avec l'âge, il peut venir un temps où l'on ne soit même plus mené par eux, et on ne cesse jamais de l'être par l'intérêt. Calculons donc votre petite fortune, madame : Noirceuil vous fait dix mille livres de rente, je vous en ai donné trois, vous en aviez douze : voilà vingt-cinq ; et vingt-cinq, dont voici le contrat, font cinquante ; parlons maintenant du casuel.
J'allai me jeter aux pieds du ministre pour lui rendre grâce de cette nouvelle faveur ; il ne s'y opposa point, et, m'ayant fait signe de me rasseoir :
- Vous imaginez bien, Juliette, continua-t-il, que ce n'est pas avec un aussi mince revenu que vous pouvez me donner à souper deux fois la semaine, ni tenir la maison que je vous ai commandé de prendre : je vous donne donc un million par an pour ces soupers ; mais souvenez-vous qu'ils doivent être d'une magnificence incroyable ; j'y veux toujours les mets les plus exquis, les vins les plus rares, les gibiers et les fruits les plus extraordinaires ; il faut que l'immensité accompagne la délicatesse, et, fussions-nous même tête à tête, cinquante plats ne seraient pas suffisants. Les victimes vous seront payées vingt mille francs pièce, ce qui n'est pas trop, à cause des qualités que je leur désire. Vous aurez de plus trente mille francs de gratification par chaque victime ministérielle immolée par vos mains ; il y en a bien cinquante par an : cet article s'élève donc à quinze cent mine francs, auxquels je joins vingt mille francs par mois pour vos appointements. Autant que je puis voir, madame, ceci vous met à la tête de six millions sept cent quatre-vingt-dix mille francs ; nous ajouterons deux cent dix mille livres pour vos menus plaisirs, afin de vous composer une somme ronde de sept millions par an, dont cinquante mille francs passés par acte et qui ne peuvent vous fuir. Êtes-vous contente, Juliette ?
M'efforçant ici de cacher ma joie, afin de servir encore mieux l'avarice dont j'étais dévorée, je représentai au ministre que les devoirs qu'il m'imposait étaient, pour le moins, aussi onéreux qu'étaient considérables les sommes dont il m'accordait la disposition ; qu'avec l'envie de le bien servir, je ne ménagerais rien, et que je voyais qu'il serait fort possible que les dépenses énormes que j'allais être obligée de faire excédassent de beaucoup les recettes ; qu'au surplus...
- Non ; voilà comme je veux qu'on me parle, me dit le ministre ; vous m'avez montré de l'intérêt, Juliette, c'est ce que je veux, je suis sûr d'être bien servi, maintenant ; n'épargnez rien, madame. et vous recevrez dix millions par an : aucun de ces suppléments ne m'effraye ; je sais où les prendre tous, sans toucher à mes revenus. Il serait bien fou, l'homme d'État qui ne ferait pas payer ses plaisirs à l'État ; et que nous importe la misère des peuples, pourvu que nos passions soient satisfaites ? Si je croyais que l'or pût couler de leurs veines, je les ferais saigner tous les uns après les autres, pour me gorger de leur substance2.
- Homme adorable, m'écriai-je, vos principes me tournent la tête ; je vous ai laissé voir de l'intérêt, croyez donc au goût, maintenant, et persuadez-vous, je vous en conjure, que ce sera plutôt mille fois par idolâtrie pour vos plaisirs, que par tout autre motif, que je les servirai avec tant de zèle.
- Je le crois, dit Saint-Fond, je vous ai vue à l'épreuve. Eh ! comment n'aimeriez-vous pas mes passions ? Ce sont les plus délicieuses qui puissent naître au cœur de l'homme. Et celui qui peut dire : Aucun préjugé ne m'arrête, je les ai tous vaincus ; et voici, d'un côté, le crédit qui légitime toutes mes actions et, de l'autre, les richesses nécessaires à les assaisonner de tous les crimes ; celui-là, dis-je, n'en doutez pas, Juliette, est le plus heureux de tous les êtres... Ah ! ceci me fait souvenir, madame, du brevet d'impunité que vous promit d'Albert, la dernière fois que nous soupâmes ensemble : le voilà, mais c'est à moi que le chancelier vient de l'accorder ce matin, et non point à d'Albert, qui, selon son usage, vous avait totalement oubliée.
La manière dont toutes mes passions se trouvaient flattées, dans cette multitude d'événements heureux, me tenait dans une espèce d'ivresse... d'enchantement, d'où résultait une sorte de stupidité qui m'ôtait jusqu'à l'usage de la parole. Saint-Fond me sortit de cet engourdissement en m'attirant à lui...
- Dans combien de temps commencerons-nous, Juliette ? me dit-il en baisant ma bouche et passant une main sur mon derrière, dans lequel il enfonça sur-le-champ un doigt.
- Monseigneur, lui dis-je, il me faut bien au moins trois semaines pour préparer tous les différents services que Votre Grandeur exige de moi.
- Je vous les accorde, Juliette ; c'est aujourd'hui le premier du mois : je soupe chez vous le vingt-deux.
- Monseigneur, poursuivis-je, en m'avouant vos goûts, vous m'avez donné quelques droits à vous confier les miens. Vous m'avez reconnu ceux du crime, j'ai ceux du vol et de la vengeance ; je satisferai les premiers avec vous : le brevet que vous venez de me donner m'assurant l'impunité du vol, fournissez-moi les moyens de la vengeance.
- Suivez-moi, répondit Saint-Fond.
Nous passâmes chez un commis.
- Monsieur, lui dit le ministre, examinez bien cette jeune femme ; je vous ordonne de lui signer et délivrer toutes les lettres de cachet qu'elle vous demandera, n'importe pour quelle maison.
Et repassant dans un cabinet où nous étions
- Voilà, poursuivit le ministre, un point accordé ; la lettre que je vous ai donnée remplit l'autre. Tranchez, coupez, déchirez, je vous livre la France entière ; et quel que soit le crime que vous commettiez, son étendue, sa gravité, je vous réponds qu'il ne vous en arrivera jamais rien. Je vais plus loin, et vous accorde, ainsi que je l'ai dit, trente mille francs de gratification par chacun des crimes que vous commettrez pour votre compte.
Je renonce à vous dire, mes amis, ce que toutes ces promesses, toutes ces conventions me firent éprouver. Oh, ciel ! me dis-je, avec le dérèglement d'imagination que j'ai reçu de la nature, me voilà donc, d'un côté, assez riche pour satisfaire à toutes mes fantaisies, de l'autre, assez de fortune pour être certaine de l'impunité de toutes. Non, il n'est point de jouissances intérieures pareilles à celles-là ; aucune lubricité ne fait éprouver à l'âme un chatouillement plus excessif.
- Il faut sceller le marché, madame, me dit alors le ministre. Voici d'abord le pot-de-vin, continua-t-il, en me faisant présent d'une cassette où il y avait cinq mille louis en or, et pour le double de pierreries ou de magnifiques bijoux ; n'oubliez pas de faire emporter cela avec la boîte des poisons.
M'attirant alors dans un cabinet secret, où le faste le plus opulent se joignait au goût le plus recherché :
- Ici, me dit Saint-Fond, vous ne serez plus qu'une putain ; hors de là, l'une des plus grandes dames de France.
- Partout, partout votre esclave, monseigneur ; partout votre admiratrice et l'âme de vos plus délicats plaisirs.
Je me déshabillai. Saint-Fond, ivre de plaisir d'avoir enfin une excellente complice, fit des horreurs. Je vous ai dit ses goûts, il les raffina tous : s'il m'élevait en sortant de chez lui, il me rabaissait cruellement dans son intérieur ; c'était bien, en volupté, l'homme le plus sale... le plus despote... le plus cruel. Il me fit adorer son vit, son cul ; il chia, je dus faire un dieu de son étron même ; mais, par manie bien extraordinaire, il me fit souiller ce dont il tirait ses plus puissants motifs d'orgueil : il exigea que je chiasse sur son Saint-Esprit et me torcha le cul avec son cordon bleu.
A la surprise que je lui témoignai de cette action :
- Juliette, me répondit-il, je veux te montrer par là que tous ces chiffons, qui sont faits pour éblouir les sots, n'en imposent point au philosophe.
- Et vous venez de me les faire baiser ?
- Cela est vrai ; mais de même que ces joujoux motivent mon orgueil, de même j'en mets étonnamment à les profaner : voilà de ces bizarreries de tête qui ne sont connues que de libertins comme moi.
Saint-Fond bandait extraordinairement ; je déchargeai dans ses bras : avec une imagination comme la mienne, il ne s'agit pas de ce qui répugne, il n'est question que de ce qui est irrégulier, et tout est bon quand il est excessif. Je devinai le désir extrême qu'il avait de me faire manger sa merde : je le prévins ; je lui demandai la permission de le faire, il était aux nues ; il dévora la mienne, en y joignant l'épisode de me gamahucher le cul à chaque bouchée. Il me montra le portrait de sa fille : à peine avait-elle quatorze ans, et ressemblait à l'Amour même. Je le priai de la réunir à nous.
- Elle n'est pas ici, me dit-il ; je ne vous aurais pas laissée former ce désir, si elle y eût été.
- Vous en avez donc joui, lui dis-je, avant que de la donner à Noirceuil ?
- Assurément, me répondit-il ; j'en serais bien fâché d'avoir laissé prendre à d'autres d'aussi délicieuses prémices.
- Et vous ne l'aimez donc plus ?
- Je n'aime rien, moi, Juliette : nous n'aimons rien, nous autres libertins. Cette enfant m'a fait beaucoup bander ; elle ne m'excite plus à présent, parce que j'en ai trop fait avec elle ; je la donne à Noirceuil, qu'elle échauffe beaucoup ; tout cela est affaire de convenance.
- Mais quand Noirceuil en sera las ?
- Eh bien ! tu connais le sort des femmes ; je lui aiderai, vraisemblablement ; tout cela est bon, tout cela est bien fort ; c'est ce que j'aime...
Et il bandait extraordinairement.
- Monseigneur, lui dis-je, il me semble que si j'étais en place, il y aurait de certains moments où j'aimerais beaucoup à abuser de mon autorité.
- En bandant, n'est-ce pas
- Oui.
- Je le pense.
- Oh ! monseigneur, sacrifions quelques innocents, cette idée me tourne la tête.
Je le branlais, l'un de mes doigts chatouillait le trou de son cul.
- Tenez, me dit-il en sortant un papier de son portefeuille, je n'ai qu'à signer cela, et je fais mourir demain une très jolie personne que sa famille vient de faire enfermer par mon organe, uniquement parce qu'elle aime les femmes. Je l'ai vue, elle est charmante ; je m'en suis amusé l'autre jour : depuis ce moment-là j'ai si peur qu'elle ne parle, que je n'ai pas existé un instant sans le désir de m'en débarrasser.
- Elle jasera, monseigneur, elle jasera, soyez-en bien sûr ; votre sûreté dépend de la mort de cette fille... Signez au plus tôt, je vous en conjure.
Et prenant le papier, je l'appuyai sur mes fesses, en le suppliant de le signer là. Il le fit.
- Je veux porter l'ordre moi-même, lui dis-je.
- J'y consens, me répondit Saint-Fond... Allons, Juliette, il faut que je décharge : ne vous alarmez pas du personnage qui devient nécessaire au dénoûment de cette crise.
Et comme il sonna, un jeune homme assez joli parut dans l'instant.
- Mettez-vous à genoux, Juliette ; il faut que cet homme vous donne trois coups de canne sur les épaules, dont la marque reste quelques jours ; qu'ensuite il vous tienne pendant que je vous enculerai.
Et le jeune homme, se déculottant lui-même, fit aussitôt baiser son derrière au ministre, qui le lécha complaisamment. J'obéissais pendant ce temps-là, et j'étais à genoux ; le jeune homme se sert de sa canne et m'applique trois coups si serrés sur les épaules que j'en fus marquée quinze jours. Saint-Fond, bien en face de moi, m'observait, pendant cette crise, avec une curiosité lubrique ; il vint examiner les meurtrissures ; il se plaignit de leur faiblesse, et ordonna au jeune homme de me tenir ; il m'encule tout en baisant les fesses de celui qui facilitait son opération.
- Ah ! foutre ! s'écria-t-il en déchargeant, ah ! sacredieu, la putain est marquée !
L'homme se retira. Ce ne fut que longtemps après qu'un événement, dont nous parlerons, jeta quelque jour sur celui-ci. Le ministre me raccompagna, et, reprenant avec moi, dès que nous fûmes bon de ce cabinet, l'air de considération qu'il avait eu avant que d'y entrer :
- Faites emporter ces cassettes, madame, me dit-il, et souvenez-vous que notre arrangement commence dans trois semaines. Allons, Juliette, libertinage, crime, discrétion, et vous serez heureuse. Adieu.
Mon premier soin fut d'examiner l'ordre dont j'étais porteuse. Dieu ! quel fut mon étonnement quand je vis qu'on enjoignait à la supérieure du couvent de force dont il s'agissait, d'empoisonner secrètement, qui ?... Saint-Elme, cette charmante novice de Panthemont que j'avais adorée pendant mon séjour dans ce couvent. Une autre que moi eût déchiré ce monument de scélératesse ; mais j'avais fait trop de chemin dans la carrière du crime pour reculer : rien ne m'arrête, je n'ai pas même le mérite de balancer. Je remets l'ordre à la supérieure de Sainte-Pélagie, où Saint-Elme gémissait depuis trois mois ; je demande à voir la coupable, je la questionne, elle m'avoue que le ministre a mis sa liberté au prix de sa complaisance, et qu'elle a fait avec lui tout ce que l'on peut faire. Aucune des saletés où se livrait ce monstre de luxure n'avait été épargnée : bouche, cul... con, l'infâme avait tout souillé, et ce qui la consolait de ces sacrifices était l'espoir de sa liberté.
- Je l'apporte, dis-je à Saint-Elme en l'embrassant.
Elle me remercie, me rend mes baisers au double... Mon con se mouille en la trahissant... Le lendemain elle était morte.
Allons, me dis-je, dès que je sus l'effet de ma scélératesse, je suis faite pour aller au grand, je le vois ; et travaillant avec promptitude aux préparatifs des projets de Saint-Fond, en trois semaines, ainsi que j'en avais pris l'engagement, je fus en état de lui donner son premier souper.
Six excellentes appareilleuses, que j'avais à mes gages, m'avaient procuré, pour mon début, trois jeunes sœurs, enlevées dans un couvent de Meaux, de douze, treize et quatorze ans, et de la plus céleste figure qu'il fût possible de voir.
Le ministre vint le premier jour avec un homme de soixante ans. En arrivant, il s'enferma quelques minutes avec moi, visita mes épaules, et parut mécontent de n'y plus trouver les marques qu'il m'y avait fait imprimer la dernière fois que nous nous étions vus. A peine me toucha-t-il ; mais il me recommanda le plus grand respect et la plus profonde soumission pour l'homme qu'il amenait, lequel était un des plus grands princes de la cour ; cet homme le remplaça aussitôt dans le cabinet où m'avait fait passer Saint-Fond. Prévenue par mon amant, je lui fis voir mes fesses dès qu'il entra. Il s'approcha, une lunette à la main.
- Si vous ne pétez pas, me dit-il, vous êtes mordue.
Et comme je ne le satisfis pas aussi tôt qu'il le désirait, ses dents s'imprégnèrent dans ma fesse gauche et y laissèrent des traces profondes. Il se montre à moi par-devant, et m'offrant un visage sévère et disgracieux :
- Mettez votre langue dans ma bouche, me dit-il ; et dès qu'elle y fut : Si vous ne rotez pas, poursuivit-il, vous êtes mordue.
Mais, voyant que je ne pouvais obéir, je me retirai assez vite pour éviter le piège. Le vieux coquin entre en fureur, il saisit une poignée de verges et m'étrille pendant un quart d'heure. Il s'arrête et se remontrant à moi :
- Vous voyez, me dit-il, le peu d'effet que les choses même que j'aime le mieux produisent maintenant sur mes sens ; regardez ce vit mollasse, rien ne le fait guinder : il faudrait pour cela que je vous fisse beaucoup de mal.
- Et cela est inutile, mon prince, lui dis-je, puisque vous allez trouver tout à l'heure trois objets délicieux que vous pourrez tourmenter à votre guise.
- Oui... mais vous êtes belle... votre cul (il le maniait toujours) me plaît infiniment ; je voudrais bander pour lui.
Il se débarrasse, en disant cela, de ses habits, et pose sur la cheminée une montre à répétition enrichie de diamants, un étui, une tabatière d'or, sa bourse garnie de deux cents louis et deux bagues superbes.
- Essayons, dit-il, à présent ; tenez, voilà mon cul, il faut le pincer et le mordre excessivement fort, en me branlant de toute l'élasticité de votre poignet. Bon, dit-il, dès qu'il s'aperçut d'un peu de changement dans son état ; couchez-vous maintenant à plat ventre sur ce canapé et laissez-moi vous piquer les fesses avec cette aiguille d'or.
Je me prête ; mais poussant un cri furieux, et ayant l'air de m'évanouir à la seconde blessure, le malheureux tout étourdi, et craignant de déplaire au ministre en molestant un peu trop sa maîtresse, sort à l'instant pour me calmer. Je jette ses habits dans une autre pièce, saute sur les effets précieux, les mets dans ma poche et me hâte de rejoindre Saint-Fond, qui me demande la cause d'un retour si leste.
- Ce n'est rien, lui dis-je ; mais ma promptitude à rapporter les habits de monsieur est cause que mon boudoir s'est fermé, la clef en dedans : ce sont des serrures anglaises que personne ne peut ouvrir ; monsieur ayant tout ce qu'il lui faut, nous pouvons remettre à un autre temps l'entrevue qu'il désire.
Et j'entraîne mes deux convives au jardin, où tout était préparé pour les recevoir ; le prince oublie ses effets, revêt l'habit que je lui présente et ne pense plus qu'à de nouveaux plaisirs.
Il faisait une soirée délicieuse ; nous étions sous un bosquet de lilas et de roses, magiquement éclairé, assis tous trois dans des trônes soutenus par des nuages, desquels s'exhalaient les parfums les plus délicieux ; le centre était occupé par une montagne des fleurs les plus rares, parmi lesquelles étaient les jattes du Japon et les couverts d'or qui devaient nous servir. A peine fûmes-nous placés que le haut du bosquet s'ouvrit, et nous vîmes aussitôt paraître, sur un nuage de feu, les Furies, tenant enchaînées avec leurs serpents les trois victimes qui devaient s'immoler à ce repas. Elles descendirent du nuage, attachèrent chacune celle qui lui était confiée à des arbustes près de nous, et se préparèrent à nous être utiles. Ce repas sans ordre ne devait être servi qu'à la volonté des convives ; on demandait ce qui passait par la tête, les Furies le servaient sur-le-champ. Plus de quatre-vingts plats de différentes espèces sont demandés sans qu'il en soit refusé un seul ; dix espèces de vins sont servies, tout coule, tout se fournit avec profusion.

Version du 18 novembre 2006 à 18:12